10/03/2014

LES CINÉRENC'ARTS DE BIG BROL

 A LA BOUTEILLERIE

 Bd du Nord (ancienne Brasserie Patiny, face au N° 64)

 LE FESTIVAL À FILMS OUVERTS 2014

 LUTTE CONTRE LE RACISME

 LE JEUDI  13 MARS À 20H

 LA PIROGUEfreddy guidé,cinéren'arts,fontaine-l'evêque

 de Moussa Toure (Sénégal-France-Allemagne 2012)

 Avec Souleymane Seye Ndiaye, Malamine Drame, Laïty Fall


 D'un village de pêcheurs près de Dakar part une pirogue. A son bord, un capitaine improvisé, Baye Laye, et une trentaine d'hommes déterminés à rejoindre l'Espagne. Peu d'entre eux ont conscience des dangers du voyage, et certains n'ont même jamais vu la mer... Les heures et les jours passent. D'une vague à l'autre, les rêves perdent de leurs couleurs, la bonne humeur s'inquiète. Les sourires s'estompent sous les regards méfiants.

Ce n'est pas dans sa manière de dire l'histoire que La Pirogue cherche à surprendre.

Lisiblement enchaînées les uns aux autres, les péripéties se succèdent et s'accumulent, inévitables, dans la trajectoire d'un destin. Celui que nous suivons, Baye Laye, est parti presque malgré lui, comme le Maximus de Ridley Scott, dans Gladiator. A ses côtés, nous portons un oeil un peu décentré sur les choses. Le temps et la distance du jugement nous sont laissés.

Peinte avec une rigueur documentaire, cette fiction nourrie d'un réel inquiétant est racontée avec une pudeur sans naïveté qui étonne, tant on s'attend à sentir l'urgence de dire, qui excuse tant de maladresses.

Point de tout cela : modération, justesse, nuances, dès cette première scène de lutte où se mélangent sans heurts modernité et folklore. Les combattants s'arrosent de différents liquides exigés par la coutume à l'aide de bouteilles en plastique. Les spectateurs les encouragent en chantant et en tapant des mains. Ils portent des vêtements traditionnels ou contemporains, négligent parfois le spectacle pour consulter un téléphone portable. Qui peut définir cette réalité, circonscrire ses limites ? Séparer ce qui vient d'ailleurs de ce qui vient d'ici, celui qui reste de celui qui part ?

Sur le bateau, le réel s'assombrit, mal concurrencé par des châteaux en Espagne trop modérés et contrariés par la lucidité pour tenir au-delà des mots. Dans le huis-clos mouvant de la pirogue, le seul à connaître la vérité est le fou, Yaya, pris dès le début de panique. Son rêve à lui, son obsession, sont bien réels : une poule qu'il chérit comme sa vie. Il pleure, et geint. Il faut l'attacher, de peur que son angoisse ne se transmette, et la vérité avec elle.

Sans pesanteur ni jugement, le film donne à voir avec patience et élégance tout ce qui fait la nature singulière de ce voyage : les paranoïas et les solidarités nouées, l'urgence du bouc émissaire, la mort crainte, oubliée, indifférente. Tout ce qui fait ce voyage, également, à la semblance de tant d'autres : le chant qui s'élève pour estomper la peur, comme la musique de l'orchestre du Titanic accompagnant le naufrage.

C'est en montrant ce que nous ne nous attendions pas à reconnaître que La Pirogue surprend, dérange, éveille : ce Radeau de la Méduse contemporain, nous préfèrerions le croire dans tous les sens du terme à l'autre bout du monde

 

Cinéma & un verre de vin 3 euros

Organisation : BIG BROL asbl - le PROGRÈS asbl

 Collaboration :  La Province de Hainaut - Article 27, Fleurs Cristaline -SPRL - l'Étude (A. Fiore) - Feron Jardins SA Restaurant le Roy d'Ys - la SA Bouton

 

Les commentaires sont fermés.